
A gauche, Elsa Godart, philosophe. A droite, Laurence Devillers, professeure et chercheuse en IA © Thierry Vaudé
Qui ne s’émerveille pas des possibilités continuellement renforcées des technologies et des applications d’intelligence artificielle ? Mais s’émerveiller n’est pas s’aveugler, comme se sont attachées à l’expliquer sur la grande scène du Forum des entrepreneurs, Laurence Devillers, professeur en informatique à la Sorbonne Université et chercheuse au CNRS spécialisée dans l’IA et la robotique sociale, et Elsa Godart, philosophe, psychanalyste et essayiste. Certes, l’IA offre des puissances de calcul avec lesquelles un être humain ne peut pas rivaliser. Nous menace-t-elle pour autant ? Toutes deux se sont montrées rassurantes… mais il va falloir que chacun s’en donne les moyens !
« L’IA nous challenge comme jamais dans l’histoire de l’humanité, nous sommes tous ensemble au pied du mur ! » relève Elsa Godart, pour qui il devient indispensable de redéfinir ce qu’est un être humain, tant « l'intelligence artificielle donne l’illusion d’un mimétisme très crédible ». La philosophe rappelle qu’intelligence n’est pas conscience et que la diversité des usages de l’IA n’engendre pas les mêmes impacts, selon que l’outil soit mis au service de la santé, par exemple dans la prévention ou la détection de cancers, ou qu’il serve à apposer un filtre sur son visage sur les photos d’un smartphone. L’enjeu n’est pas le même ! Laurence Devillers rappelle que l’IA générative peut imiter le langage, mais pas le raisonnement. Ce qui n’affranchit pas de tenter d’éduquer les citoyens à une appréhension plus avisée.
« Il ne faut pas renoncer à notre capacité de raisonnement », alerte-t-elle, et plus encore quand l’imaginaire sur lequel se fondent ces technologies vient le plus souvent des Etats-Unis « pour laisser croire qu’ils ont gagné sur tout. Il y a de la manipulation économique derrière tout ça ». Et il y a aussi, souvent, « des erreurs », note-t-elle, martelant l’exigence de réussir à « créer un imaginaire européen différent » avec des acteurs et des capitaux du continent. Pour Elsa Godart, cette éducation doit porter sur un spectre bien plus large que le numérique pour élever le regard : la société tout entière !
Garder l’espoir dans notre créativité d’humain
A ses yeux, ce n’est pas parce que l’IA peut fournir différentes interprétations de données qu’elle exprime pour autant une intelligence de « sujet ». « En tant qu’êtres humains, l’intelligence est ce qui nous lie au monde » insiste-t-elle, soulignant qu’à l’éducation doit s’ajouter la notion de responsabilité dans les usages. Elle rêve d’une « utopie sociale » qui mènerait à s’accorder sur quelques principes universels de bien commun et ose le parallèle avec le projet de réacteur de fusion expérimental ITER, à Cadarache, où, peu importe les tensions du contexte géopolitique, un consortium international continue de travailler à ses avancées dans l’espoir d’améliorer le sort de l’humanité.
Face au « risque de perte de contrôle » et pour « rompre avec l’idée de dépendance », Laurence Devillers, pour sa part, invite à inventer, à « se bouger », pour construire en commun une vision plus positive. A son tour, elle fait un parallèle, évoquant les derniers Jeux olympiques et paralympiques, où la cérémonie d’ouverture, le cheval de fer qui court sur la Seine ou la vasque qui s’élève dans le ciel, sont parvenues à impressionner le monde entier avec des créations et un imaginaire bien français. Elle espère que les régulations nationales ou européennes ne viendront pas trop freiner la capacité à innover.
Pour Elsa Godart, « nous sommes des êtres de chair et d’os. Cette relation à l’autre n’est pas près de disparaître. Investissez l’engagement humain, osez prendre le risque de la relation à l’autre », lance-t-elle à l’assistance. « Arrêtons de comparer les machines aux humains, elles n’ont aucune intuition, aucune intention. Elles sont bêtes à mourir, » renchérit Laurence Devillers. « Regardons les vrais sujets dans lesquels l’IA peut vraiment nous apporter et réfléchissons ensuite à une éthique ».
Face au « risque de perte de contrôle » et pour « rompre avec l’idée de dépendance », Laurence Devillers, pour sa part, invite à inventer, à « se bouger », pour construire en commun une vision plus positive. A son tour, elle fait un parallèle, évoquant les derniers Jeux olympiques et paralympiques, où la cérémonie d’ouverture, le cheval de fer qui court sur la Seine ou la vasque qui s’élève dans le ciel, sont parvenues à impressionner le monde entier avec des créations et un imaginaire bien français. Elle espère que les régulations nationales ou européennes ne viendront pas trop freiner la capacité à innover.
Pour Elsa Godart, « nous sommes des êtres de chair et d’os. Cette relation à l’autre n’est pas près de disparaître. Investissez l’engagement humain, osez prendre le risque de la relation à l’autre », lance-t-elle à l’assistance. « Arrêtons de comparer les machines aux humains, elles n’ont aucune intuition, aucune intention. Elles sont bêtes à mourir, » renchérit Laurence Devillers. « Regardons les vrais sujets dans lesquels l’IA peut vraiment nous apporter et réfléchissons ensuite à une éthique ».