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Le goût du risque et de l’innovation « booste » l’optimisme

[Forum des entrepreneurs]


Rédigé le Lundi 14 Octobre 2024 par Jean-Christophe Barla


Décarbonation, innovation, compétences, internationalisation… Engagés dans leur transformation, les grands groupes du territoire donnent l’exemple et entendent embarquer dans leur sillage positif les start-ups et TPE/PME qui osent.


Christine Fabresse, présidente du directoire de la Cepac et Christine Cabau, vice-présidente de la CMA-CGM © Thierry Vaudé
Christine Fabresse, présidente du directoire de la Cepac et Christine Cabau, vice-présidente de la CMA-CGM © Thierry Vaudé

« Sans confiance, on n’investit pas ! », s’est exclamée Christine Fabresse, présidente du directoire de la Caisse d’Epargne Provence-Alpes-Corse (Cepac), au cours de la table ronde matinale organisée lors du forum des entrepreneurs de l'Upe 13 intitulée « Les intelligences économiques face aux grands défis ». La période actuelle est remplie d’incertitudes pour les chefs d’entreprises. Face à un État en quête de ressources dont le seul but est d'éviter la faillite qui menace, la situation n’inciterait donc pas à enclencher les mutations qui s’imposent dans nombre de domaines : énergie, écologie, numérique… Pourtant, notre région ne manque pas de projets qui dessinent un avenir potentiellement radieux, sous l’impulsion des grands donneurs d’ordres du territoire. « Il faut être optimiste et réaliste et valoriser les réussites », encourage l’économiste Marc Touati, convaincu qu’il existe dans notre région, « plein de PME qui veulent écrire leur légende ». Mais comment s’y prendre pour restaurer une confiance qui semble s’effilocher ?

Créer l’effet d’entraînement

D’abord, il faudrait montrer qu’investir dans le changement paie, que ce soit pour son entreprise, pour ses concitoyens ou plus globalement pour la qualité du climat. « En transformant notre raffinerie de la Mède en bioraffinerie, nous avons fait chuter les émissions de CO2 de 1,5 million de tonnes par an à 200 000 tonnes », explique Isabelle Patrier, directrice France de TotalEnergies. En inaugurant une station « full-electric » à quelques centaines de mètres du Stade Vélodrome pour recharger son véhicule électrique en 6 minutes pour 100 km d’autonomie, on associe le citoyen à la décarbonation. Aujourd’hui, nous avons déployé 2 GW de production d’énergies renouvelables à travers 650 unités de production. Ce sera trois fois plus d’ici 2030 ».

Vice-présidente de CMA CGM, en charge des opérations et actifs industriels, Christine Cabau rappelle que le Port de Marseille-Fos a lancé le premier le raccordement électrique à quai des navires, une initiative qui a bénéficié aux ferries de La Méridionale en pionnière, puis Corsica Linea, en attendant de concerner demain les paquebots de croisières. Le partenariat entre l’armateur et TotalEnergies a débouché sur la mise en place d’un avitaillement de navires en GNL à Fos-sur-Mer, grâce à une barge. « C’est le fruit d’une intelligence collective », se réjouit-elle. « C’est compliqué à mettre en place, ça coûte cher, mais quand un industriel va bien, il peut y consacrer des ressources. Quand c’est plus tendu, c’est difficile ». Encore une question de confiance dans le futur. « Quand je vois l’effet d’entraînement et l’accélération incroyable des industriels pour s’emparer du sujet, je suis optimiste », ajoute-t-elle. « Le financement n’est pas le problème majeur », ose Christine Fabresse, qui énumère, outre la décarbonation, les autres défis à relever, ceux du logement, des mobilités ou de la compétitivité économique. « A condition de disposer d’une vision stable et pérenne », nuance-t-elle.

Marc Touati, économiste et Isabelle Patrier, directrice France de TotalEnergies © Thierry Vaudé
Marc Touati, économiste et Isabelle Patrier, directrice France de TotalEnergies © Thierry Vaudé

Gagner en se différenciant

Pour Marc Touati, « le bon sens économique » doit primer, par ailleurs. Il juge la décroissance « horrible » parce qu’elle n’engendrerait que chômage et appauvrissement des entreprises et des citoyens. Pour lui, c’est « la force d’innovation » qui permettra « d’optimiser l’existant » et non pas l’alourdissement de la pression fiscale. Pour aider la population à mieux cerner que l’enjeu se joue là, il réclame de la pédagogie. « Le manque de culture économique est le drame de la France » dit-il. Pour Isabelle Patrier, « embarquer la jeunesse » offrira une autre clé de succès pour la révolution industrielle en cours et à venir. « Une jeunesse qui veut construire et pas tout casser » renchérit Marc Touati. Christine Cabau insiste pour sa part sur la nécessité du côté des grands groupes d’intervenir « en soutien de l’écosystème parce qu’ils ont besoin de plus petites entreprises ». Elle invite à se confronter aux obstacles, à prendre des risques pour innover et investir. « On gagnera si on en a envie ! » assure-t-elle.

Christine Fabresse évoque, elle, l’implication indispensable des acteurs publics dans le mouvement. « Il faut faire en sorte que l’intelligence collective s’exerce réellement et pas seulement théâtralement », positionnant sa banque comme « un lien très fort » avec les collectivités locales et pouvoirs publics. Marc Touati s’avoue convaincu que la crise ne fera plus peur, dès lors qu’on développe des « niches de produits qu’on est les seuls à proposer », qu’on le fait savoir pour capter de la demande, qu’on forme les compétences indispensables, qu’on innove et qu’on se lance à l’international. « Plus d’emplois, plus de revenus, plus de réalisations économiques, c’est plus de bien-être pour tous et de bonheur intérieur brut ! », conclut-il.



Jean-Christophe Barla




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